Octobre 2013

je regarde par la fenêtre, j’aperçois un tas de terre sombre dans le pré à côté, et un oiseau passe en rasant l’herbe : non, ce tas de terre sombre ne bondira pas jusqu’à l’oiseau.

je regarde par la fenêtre car de mon bureau je vois la prairie infinie.

parfois, j’ai l’impression d’avoir vu un éclair noir et blanc traverser le pré.
j’ai tellement l’habitude de voir cet éclair noir et blanc.
il faudra un temps avant que je ne vois plus cet éclair noir et blanc.
il faudra un temps avant que mille choses dont j’avais l’habitude, j’en perde l’habitude.

je m’attendrais à ce que telle chose devenue habituelle se produise, mille choses en vérité, mais non, mon attente sera déçue.

je pleurerai encore beaucoup, même si j’ai déjà beaucoup pleuré.
j’ai beaucoup pleuré, au moment de jeter la première pelletée de terre sur son visage.
tant que je voyais son visage, tant que je creusais le trou dans la terre, son corps endormi déposé à côté de moi, à côté du trou, je ne pleurais pas.
quand j’ai recouvert son visage avec la terre, là je me suis effondré.
depuis je n’ai pas cessé de m’effondrer.

Volt est partie en ce début d’après-midi, une très belle journée d’automne, la plus belle, un tracteur a reculé quand elle se tenait derrière la roue, prête à bondir, elle n’a pas agonisé plus de cinq minutes, quelques râles, puis son regard est devenu fixe, je me suis agenouillé contre son flanc, j’ai parlé comme on parle à son chien mort.

Les paysans étaient désolés. Le vétérinaire qui les accompagnait a dit : il n’y en a pas pour plus de cinq minutes. Deux minutes après, c’était déjà fini.

Puis j’ai creusé ce trou, j’ai glissé toutes ses affaires dans le trou et j’ai fait une sorte de mausolée avec ses trophées, toutes les choses qu’elle ramassait dans le jardin des voisins, qu’elle ramenait dans notre jardin, qu’elle réunissait en tas au milieu de notre jardin, j’ai fait quelque chose avec toutes ces affaires.
Maintenant, je vais me reposer un peu, il me faudra quelques jours, peut-être plus, car j’étais extraordinairement attachée à ma grosse belette, ma Voltie, en quelques mois il y a déjà bien trop de souvenirs, il faudra que j’écrive tout ces souvenirs car je ne sais pas faire autrement, j’ai toujours fait ça, écrire, écrire pour me soigner, pour soigner la peine.
RIP ma belette.