Éterner

Chaque été, j’éterne (parce que je ne connais pas de mot équivalent pour dire que j’hiberne, que j’hiberne en été, il fait bien trop chaud l’été, au-dessus de quinze degrés, j’ai le cerveau en compote, alors que l’hiver, je suis tout le temps dehors, surtout quand la neige a tout recouvert, alors là, assurément, on me trouvera dehors, dans la neige, monté sur des skis en général, et de fait, j’ai calculé (?) qu’en hiver, je parcours bien plus de kilomètres à skis qu’à pied, mais bon, me voilà de nouveau à parler d’hiver, c’est dire combien déjà, alors que nous ne sommes pas encore en juillet, l’hiver me manque) : je me tiens coi, enfermé (excepté le soir où je vais marcher dans la fraîcheur s’il en est – car il faut bien que les chiens se promènent !), et, désœuvré, j’écris, car au fond j’ai toujours écrit désœuvré, ce qui peut paraître étrange puisque le mot désœuvré évoque plutôt l’absence d’une œuvre, alors que c’est bien durant l’été qu’émergent tant bien que mal ces textes, souvent dans la sueur et toujours sous la contrainte, donc, parce qu’il faut bien s’occuper en cette horrible saison, ça fait passer le temps, et puis de quoi aurais-je l’air à ne rien faire du tout ? Il y a bien le tour de France à la télévision, mais je n’ai pas la télévision, alors je regarde le tour de France autrement, j’écoute la radio, quand je partais avec mon ami David en randonnée durant de longues semaines, souvent en juillet, nous installions au sommet d’un sac à dos une petite radio portative, et, vers seize heures, nous écoutions tout en marchant la retransmission radiophonique du tour de France, d’aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai jamais raté un tour de France, ou alors la mort dans l’âme, moi qui ne suis pour ainsi dire jamais monté sur un vélo, ou bien juste une saison, en VTT, je possédais un vélo de la marque Gitane, c’était au début des années 90, il pesait facilement quatorze kilos, n’était doté d’aucune suspension, et ma foi, je me débrouillais plutôt bien en montée, mais sur le plat, j’avais l’impression de tirer une caravane, les autres coureurs possédaient des vélos plus récents, ô combien plus léger, si bien que l’avance que j’avais prise dans la montée, fondait irrémédiablement sur le plat, un jour de course, j’étais tellement épuisé que j’ai du finir les quinze derniers kilomètres d’une course qui en comptait cinquante à pied pour ainsi dire, mes jambes ne me portaient plus, pas question d’appuyer sur les pédales, ma carrière cycliste s’est arrêtée là, au pied d’une côté, j’ai dit ça suffit je préfère la marche à pied, mais je ne connaissais pas encore le ski, le ski de randonnée, maintenant, j’ai assez marché, je préfère skier.

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Dessin : Claire Dori (http://www.clairedesign.fr/)

Bon.

Où voulais-je en venir ? Il faut bien en venir quelque part non ? Avais-je seulement une intention en commençant à écrire ce message ? Bien peur que non : aucune intention.

Alors oui, j’écris durant l’été. Et vers le mois de juin, je constitue une playlist, une bande son, l’arrière-plan sonore de ces travaux d’écriture à venir. Il faut choisir avec soin car on écrira différemment selon qu’on écoute telle ou telle musique. Il faut choisir des musiques dont on ne risque pas se lasser, susceptibles d’être jouées en boucle. Il faut s’attendre à ce que la musique d’accompagnement de l’écriture fournisse non seulement l’arrière-plan émotionnel, la stimung, il faut donc s’attendre, si l’on est un guss dans mon genre, à ce que cette musique diffuse beaucoup de mélancolie. Car je n’écris qu’en proie à la plus grande mélancolie, parfois mêlée de colère, je n’écris que plongé dans un profond état dépressif dont je ne m’extirperai qu’une fois l’hiver venu.