Trois bonnes heures de balade avec Mademoiselle Iris de la Loupette en Haut-Livradois du côté de Fournols. Températures automnales, et pluie fine mais tenace durant les 2/3 du parcours, mais nous demeurons la plupart du temps abrité dans les sous-bois. Pas croisé grand monde : quelques pêcheurs aux étangs de la Colombière, un couple avec de bonnes têtes d’artistes et deux gros toutous qui sympathisent fort vite avec Iris – à quoi ressemble une tête d’artiste ? Ai-je moi-même la tête d’un écrivain ? – toujours est-il qu’ils confirment le constat que j’ai fait : dans ces vastes forêts, on se perd la plupart du temps (les chemins portés sur les cartes topographiques ne correspondent qu’épisodiquement à ceux que l’on découvre dans le réel, les forestiers tracent de nouvelles pistes et nombre de sentiers sont abandonnés depuis des lustres et couverts de végétation). On discute sur la suite de mon itinéraire : je vais plein nord, dis-je en montrant la boussole, c’est ce qu’il y a de mieux à faire, dit l’homme en montrant vaguement un bout de carte IGN, il y a des zones marécageuses après l’étang, mais tu es chaussé. Effectivement, nous voilà bientôt traversant une belle zone humide, comme on dit dans les manuels d’écologie. Ça fait ventouse sous les chaussures et Iris s’en débrouille comme elle peut (et s’enfonce parfois jusqu’au poitrail).

Haut-Livradois, Fournols

Succession de forêts d’épicés, de hêtraies, quelques sous-bois de noisetiers, quelques parcelles laissées en plan il y a quelques années se donnent des allures de clairière, on grimpe et on redescend au gré des vallons, les ruisseaux, parfois minuscules, sont plus vaillants qu’ailleurs – il a plu ces derniers jours, après les grandes chaleurs, on ne maqnuera pas d’eau – Iris en profite pour barboter plus qu’à son saoul.  Les myrtilles sont à point, noir violet appétissant, brillantes d’humidité dans leurs robes de feuilles vertes, et pour les framboises, ça n’est qu’une question de jours : on se fait une dégustation de ces délices offerts – Iris n’est pas en reste, qui adore ces petits fruits sauvages. Retourner dans le coin avec deux ou trois bocaux pour la cueillette – voilà un beau projet pour le début du mois d’août. Puis il y aura les mûres (mon voisin, depuis quelques jours, s’inquiète des champignons).

Haut-Livradois, Fournols

L’après-midi : longue sieste et jambes lourdes. Je n’ai plus vingt ans, ni même trente ou quarante. Autrefois, quand je partais pour des escapades au long cours (la plus longue a duré deux mois, j’avais 20 ans, le sac à dos sur l’épaule et 1000 francs en poche), j’avalais consciencieusement 4 heures de marche la matin, repliant la tente dès le lever du jour, et souvent j’ajoutais 5 heures de plus l’après-midi : et remettais ça le lendemain sans éprouver le moindre début de fatigue. Ces jours-là sont derrière nous et ne reviendront pas. Maintenant ça tire et ça s’encrasse, et ça s’enraidit d’un peu partout. Mais qu’importe. J’aime assez vieillir. Aucun avenir meilleur ne se dessine à l’horizon, aucune attente, aucune promesse et donc aucune déception, les rêves, depuis longtemps, se sont effondrés avec l’interminable misère, on est libre quand on n’a plus d’espoir, sans désir mais pas sans mémoire, et même la colère parfois se tait et me laisse en paix : je ne demande rien d’autres qu’une paire de jambes assez solides pour marcher comme bon me semble, et quand les jambes feront défaut, on avisera.

 

Haut-Livradois, Fournols

Haut-Livradois, Fournols