Sur la demande d’Anna de Sandre (mais je l’ai bien cherché !), voici les toutes premières pages d’un récit pour la jeunesse (enfin, peut-être, je ne sais pas très bien) rédigé l’été dernier, que par hasard j’ai ressorti cette semaine et que j’envisage éventuellement (mais on ne sait jamais) de terminer cet été. Inutile de préciser que j’avance là en terrain tout à fait inconnu (quoique, dans mon enfance, j’en ai avalé des volumes de la bibliothèque verte ! Grâce soit rendu ici à Philippe Ebly qui a bercé mes années imaginaires). Ha si, j’ai lu également quelques décapants livres de Sandrine Beau (qui me ramène aussi à mon enfance, et à la sienne, mais chuttt!!).
Bref. C’est donc l’histoire d’un gamin réputé narcoleptique qui découvre qu’il est en mesure non seulement de contrôler ses phases de sommeil, mais aussi que ses rêves produisent de remarquables effets dans le réel.

Avec ses amis Bernie et Norra, ils vont en quelque sorte régler leur compte avec un certain nombre de connards (c’est-à-dire à peu près tout le monde, à quelques exceptions près) en utilisant les rêves « performatifs » du gamin, et tout cela dans une défoulatoire ambiance écolo-anarchiste.

Enfin, c’est l’idée.

À l’époque, et c’est d’ailleurs toujours le cas, je lisais régulièrement des études sur les sociétés totémistes aborigènes australiennes – The Dreaming donc.

Mais la véritable impulsion au récit vient d’un épisode de ma vie qui date de 2004 : j’avais enseigné dans un lycée dans les Landes, ayant accepté un contrat de 6 mois pour me refaire la cerise on va dire (peine perdu puisque l’argent que j’ai gagné, je l’ai englouti dans l’alcool, le loyer et de longues randonnées dans les Pyrénées si proches). Dans ce collège-lycée, j’occupais un poste étrange, d’enseignant à tout faire, philosophie, grec ancien, littérature, Histoire-géo, webmaster même, pour le site du collège, et à la fin de l’année, j’avais pris en charge des gamins de 6ème qui galéraient en français (une classe d’une trentaine de mômes adorables et particulièrement dissipés.). Je ne connaissais pas grand-chose aux gamins de cette classe d’âge : le premier jour, alors qu’ils me menaient la vie dure (le cours avait lieu en toute fin de journée, les loulous étaient épuisés, moi aussi d’ailleurs), je leur fais : « Mais arrêtez de vous comporter comme des enfants ! ». Et là, tout le monde se tait subitement, et la petite la plus dégourdie, avec un grand sourire au premier rang qui sort : « Mais on est des enfants monsieur ! ». J’ai éclaté de rire et j’ai dit leur dire qu’ils étaient géniaux ou un truc comme ça.

Bref. Une des tâches à laquelle on m’avait condamné consistait à relire les devoirs d’expression écrite (un désastre, m’avait dit en me confiant leurs copies, avec un air bizarre, presque enjoué, leur professeur de français). Il y avait là ce petit loustic, à la bouille toute ronde qu’accentuaient les lunettes rondes elles aussi qu’il portait sur le nez. Je lis son devoir. Ou plutôt j’essaie de lire son texte, saturé de ratures au crayon feutre rouge : les remarques acerbes de sa correctrice, son indignation vibrant à chaque ligne, et, sur la première feuille : « Tu es totalement Hors Sujet. Ce n’est pas du tout ce qui était demandé !!» Avec force points d’exclamation. La consigne, d’une originalité sans nom, indiquait : « Vous raconterez vos dernières vacances de Pâques en famille. » Ou une connerie dans ce genre. Avec une ou deux contraintes débiles genre écrire au passé ou je sais pas quoi.

Bref. Je lis quand même. Il s’agissait de l’histoire d’un gamin et de sa maman, qui vivaient tous deux dans une petite maison non loin de la forêt. La maman est seule, et souffre de sa solitude. L’enfant ne sait pas très bien comment l’aider. Il se rend compte, et c’est un constat assez triste quand on y pense, que sa présence à lui ne suffit pas à sa maman. Alors il va dans les bois, il fugue plus ou moins, en proie au plus grand désespoir, et là, il rencontre un chien, un chien qui parle. Ce petit chien le suit jusqu’à chez lui, il s’adresse à sa maman, qui est folle de joie d’avoir trouvé un nouvel ami, et ils vivent désormais tous les trois aux abords de la forêt, la maman, l’enfant, et le chien qui parle.

Je tiens à faire ici une parenthèse, dans la mesure où je suis totalement fasciné par cette histoire de chien qui parle (Avec mes deux compagnons, Iris de la Loupette et Capou, nous avons d’ailleurs de longues discussions à ce sujet). Du reste, un des personnages importants de ce récit dont vous n’allez pas tarder à lire les premières lignes (une fois que j’en aurais fini avec cette interminable introduction) s’appelle Artemidore, et c’est précisément un chien qui parle (et en quelque sorte “le maître des rêves”, d’où son nom qui fera écho aux amateurs de littérature antique). Et surtout, dans un de mes livres préférés de tous les temps (et pour ceux qui restent, de temps), il y a aussi un chien qui parle, un talking dog, a “somewhat dishevel’d Norfolk Terrier with a raffish Gleam in its eye”, prénommé Good old Fang, ou bien : the Learnèd English Dog (conservez l’accent sur le « e »!) – un des héros de ce livre fabuleux de Thomas Pynchon, Mason & Dixon (ceux qui aiment les livres d’aventure doivent le lire toute affaire cessante, et enchaîner avec Against the day (Contre-jour), ce qui leur fera environ 3000 pages de bonheur au total, et de quoi passer le meilleur été possible en ce bas monde).

Bref. Revenons à Aire-sur l’Adour et au récit de ce petit monsieur aux lunettes rondes. Me voilà lisant le texte au bureau sur l’estrade et, bien évidemment, comme je ne résiste pas au mélodramatisme, j’y vais d’une petite larme. La petite dégourdie du premier rang ne la rate pas, cette petite larme : « Monsieur, tu pleures ? ». Et là je leur explique que l’histoire que je viens de lire est très belle, je vais d’ailleurs leur lire si l’auteur le veut bien (l’auteur, qui n’en revient pas, derrière ses petites lunettes rondes, accepte), et nous parlerons ensuite d’un sujet extrêmement important : « Les chiens qui parlent ».

Voilà donc comment de cet épisode merveilleux l’idée d’écrire un jour un récit pour la jeunesse etc.

Et voici donc les premières pages d’un récit qui en compte pour le moment une soixantaine. (Notez qu’il y a normalement pas ma d’expressions en italique, mais elles sont absentes ici)

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“SANS TITRE (je sais pas encore)

Le Maréchal, qui fait office de professeur d’Histoire et Géographie de la France, ânonne son cours comme à l’habitude, le nez rivé sur sa fiche, avec un débit extraordinairement ralenti, afin que tout le monde puisse prendre note. « Pourquoi faut-il aimer la patrie plus que tout ? ». Le programme réformé d’éducation civique, au cœur de la politique éducative du nouveau gouvernement, plonge l’ensemble de la classe dans une torpeur tellement manifeste qu’on pourrait presque la toucher, voire : la gratter. Oui, c’est à peu près ça, comme une couche d’ennui, solide à force d’être renforcée à chaque heure de cours, une couche d’ennui qui nous recouvre tous et au sein de laquelle nous essayons de grandir, mais, en vérité, stagnons, pourrissons et moisissons.

Je lutte contre le sommeil. Je lutte souvent contre le sommeil. Mais parfois, dans des cas exceptionnels, je m’y abandonne. Je veux dire que je m’endors vraiment volontairement. Quand je veux. Sur commande. Mais j’en reparlerai.

Le Maréchal nous a privé de récréation pour cet après-midi, pour une raison que la plupart d’entre nous avons oubliée. Les motifs pour nous punir ne manquent depuis la parution du nouveau Règlement Intérieur pour les établissements d’enseignement français. On nous a remis en septembre un document d’une trentaine de pages, qu’il nous a été demandé de signer, ainsi qu’à nos parents (pour ceux du moins qui ont encore leurs parents). Pas de récréation en tous cas pour aujourd’hui. Nous aurons donc droit à trois heures non stop avec lui. Il reste très exactement cinquante-quatre minutes et trente-neuf secondes avant la fin du cours.

Tout le monde paraît sur le point de sombrer dans le pays des rêves d’autant plus qu’il règne une atmosphère quasiment estivale, bien qu’on soit en Avril. Le réchauffement climatique sans doute, à ce qu’on dit. « Servir le pays dans lequel vous êtes nés constitue… », le voilà qui redresse brusquement la tête, ses lunettes de lecture tressautent et glissent sur le bout de son pif, il s’efforce de contrôler l’ensemble de son auditoire afin de vérifier si par hasard l’un d’entre nous ne se serait en train de piquer carrément du bec, en réalité, non, pas encore, mais ça ne saurait tarder, alors il reprend : « ..un devoir pour chacun d’entre nous. »

Je jette un œil sur Norra, qui est assise deux rangées devant moi, sur ma droite, côté couloir donc. Elle choisit toujours le côté couloir parce que ça lui fait moins d’espace à franchir pour regagner la sortie quand elle est expulsée. Or, elle est souvent expulsée, particulièrement en cours d’Histoire et Géographie de la France. En réalité, de la même façon que j’ai le pouvoir de m’endormir et rêver sur commande, Norra sait exactement comment se faire expulser quand elle le désire : elle lève le doigt et fait une réflexion sur le contenu du cours, en général une remarque critique, souvent acerbe, exprime un doute, ou alors, carrément, elle reprend l’enseignant et le corrige. Norra est un puits de savoir. Elle est de très loin la meilleure de la classe, et ce dans absolument toutes les disciplines, y compris en sport. 90 % des profs la haïssent, et les 10 % qui restent ont été forcés de se réfugier en maison de repos à cause d’elle. Tout le collège semble littéralement terrifié par Norra, même la direction administrative. Sur son carnet de notes de fin de trimestre, les profs ajoutent, à côté de sa moyenne ahurissante (jamais en-dessous de 18 sur 20), des commentaires aussi désobligeants que possible : « Les résultats sont là, mais son insolence lui jouera des tours. », « Les notes ne font pas tout, le comportement est inacceptable », « Malheureusement, son insupportable sentiment de supériorité gâche son indéniable intelligence », « Prends un malin plaisir à défier toute autorité. Cette arrogance la perdra ». Ces remarques ne lui font ni chaud ni froid, et j’ai déjà vu ses parents partir en fou rire en lisant cette prose professorale. Je soupçonne Norra de fomenter un projet secret qui vise à faire craquer un par un chaque enseignant de ce collège, et tous les expédier en maison de repos. Elle procède méthodiquement : la prof de littérature française y est passée le mois dernier, celle d’art français a cédé à la rentrée, et de fait on ne l’a jamais revue, son remplaçant a tenu deux mois supplémentaires et désormais nous sommes privés d’art français, ce qui ne manque à aucun d’entre nous. Et sa prochaine cible, c’est celui qu’elle appelle « le Maréchal », le prof d’Histoire et Géographie de la France. Mais pour le moment, cet après-midi du moins, elle reste calme. Je n’aperçois pas son visage dissimulé par une flopée de longs cheveux noirs : elle est penchée sur un carnet et semble écrire frénétiquement. Je parie tout mon argent de poche, ce qui ne fera pas une grosse somme si je perds, que ces écritures n’ont strictement rien à voir avec le cours, et qu’elle travaille sur un prochain essai concernant l’histoire de l’anarchisme dans les régions semi-montagneuses, projet dont elle nous a confié à demi-mot l’existence, à Bernie et moi, l’autre jour. Norra a douze ans, c’est ma meilleure amie, nous nous sommes connus à l’école autogérée de la forêt, on avait à peine trois ans. Nos parents étaient très proches, mais elle a encore ses parents, moi pas.

Le Maréchal nous dicte le sujet du prochain devoir d’Enseignement civique et moral, à rendre pour la fin de la semaine : « Vous avez été choisi(e) pour représenter la France au prochain sommet de l’Union européenne. Vous êtes chargé(e) de réaliser une note pour présenter une mission des militaires français sur le territoire national ou à l’étranger. Montrer en quelques lignes que l’armée française est au service des valeurs de la République et de l’Union européenne ».

Cinquante-et-une minutes et quinze secondes.

Bernie semble extrêmement concentré lui aussi. Mais je sais que ça n’a rien à voir non plus avec le patriotisme et le devoir du citoyen, et qu’il est en train de travailler sur un programme informatique dont nous reparlerons, vu qu’il nous concerne, mes rêves et moi. Il a posé sur un cahier son tout nouvel écran d’ordinateur souple et translucide, pas plus épais qu’une feuille de papier, qu’il doit être le premier du village à posséder. Il se trouve du côté fenêtre, juste devant moi, et le stylo qu’il utilise est un stylo digital, mais le prof d’Histoire et Géographie de la France est bien trop ringard pour s’en rendre compte. Bernie rate environ la moitié de l’année scolaire. Ce qui lui vaut d’éveiller le sens de l’humour du professeur de mathématiques, qui l’interroge systématiquement à chaque fois qu’il revient parmi nous : « Puisque Bernie nous fait l’honneur de sa présence aujourd’hui », etc. Le professeur de mathématique n’a jamais conçu l’idée que Bernie puisse être un génie de l’informatique. Bernie est aussi mon meilleur ami. Norra et Bernie. J’ai d’autres amis dont je parlerai, mais soit ils ont passé l’âge d’aller à l’école, soit ils ne sont pas humains, ce qui les dispensent de supporter ce fardeau. Bernie évite autant que possible de fréquenter l’école, et se débrouille pour passer le plus de temps possible dans sa cave, au milieu de ses ordinateurs. Norra l’appelle le « cyborg », ce dont Bernie est extrêmement fier. Bernie travaille avec Norra et moi sur un grand projet qui pourrait bouleverser le monde. Mais j’en reparlerai.

À coté de moi, côté couloir, il y a Vanessa, qui est mon assistante scolaire et celle de Bernie. À cause de mes problèmes de sommeil, et à cause des problème d’attention de Bernie, nous bénéficions tous deux d’une aide pédagogique. Vanessa est une ancienne étudiante en sociologie, qui a poussé ses études jusqu’au doctorat, c’est-à-dire le plus haut niveau d’études universitaires, mais qui a échoué ici, à nos côtés, pour d’obscures raisons qu’elle résume en une phrase : « L’université, ce n’était pas pour moi. » Nous, Bernie, Norra et moi-même la considérons comme une alliée, même si elle n’est pas au courant bien entendu des détails secrets de notre affaire. Sa fonction au sein de l’école consiste, si j’ai bien compris, mais elle n’en est pas certaine elle-même, à nous aider, Bernie et moi à suivre une scolarité normale malgré les problèmes d’absentéisme de mon ami, et mes problèmes de sommeil : concrètement, quand je pique du nez et disparais dans les mondes parallèles du rêve, elle prend le relais et note le cours à la ma place. Je sais, même si elle ne l’avouera pas à ses élèves, fussent-ils ses élèves préférés, qu’elle s’ennuie à mourir, et comme la plupart des enseignants ont interdit aux assistantes scolaires de bouquiner pendant les cours, elle aussi, comme Norra, passe son temps à noircir des feuilles de papier. Parfois elle dessine, et c’est particulièrement chouette, parfois, entre deux longs soupirs discrets, elle semble coucher ses pensées par écrit. Il m’est difficile de la lire car les lettres sont fines comme des pattes de mouche, mais j’ai pu déchiffrer une fois, alors qu’elle était sortie aux toilettes : « Mais qu’est-ce que je fous là ? ». Ce qui est une bonne question assurément, qui nous l’a rendue encore plus sympathique.

De l’autre côté, c’est la fenêtre, et par la fenêtre, je vois la cour de récréation. Au-delà de la cour, je ne vois pas mais j’imagine très bien, c’est le village, un gros village, mais pas suffisamment gros pour faire une ville, et plus loin encore, au pied des montagnes, débute la forêt. La forêt où je suis né et où j’ai grandi, jusqu’à l’accident qui a tué mes parents. Nous habitions une cabane, bâtie au bout d’un chemin de terre. Dans la forêt se trouvaient d’autres cabanes, à bonne distance les unes des autres, mais tous leurs occupants se connaissaient et se considéraient comme de bons amis. Un des meilleurs amis de mes parents, qui est encore aujourd’hui mon meilleur ami chez les adultes en tous cas, s’appelle Hadjar et vivait dans une de ces cabanes. Mais il est redescendu au village quand ils ont évacué la forêt avant de creuser les puits de forage. J’en reparlerai.

Actuellement, je vis dans un lotissement composé de vingt-quatre maisons exactement semblables, disposées de manière parfaitement géométriques autour de quatre rues perpendiculaires, six maisons par rue, avec chacune un numéro, et chaque rue porte le nom d’un ancien Maire du village. Dans ce lotissement vit ma famille d’accueil numéro 2, dans la rue de l’avant-dernier Maire, qui paraît-il est devenu fou et doit être en train de croupir pour le restant de ses jours dans un asile psychiatrique. Ma famille d’accueil numéro 1, qui a fini par renoncer au bout de deux ans à ma compagnie, vit à l’autre bout du village, dans un autre lotissement qui ressemble comme deux gouttes d’eau à mon lotissement de maintenant. Ainsi, depuis le décès de mes parents, n’ai-je jamais quitté le village et ses environs, excepté durant quelques semaines de vacances en été, et encore, c’était pour faire du camping au bord de la mer, et je déteste le camping autant que l’eau salée, sans parler du soleil. Pour être honnête, on y voit surtout beaucoup trop de gens, et compte-tenu de mes difficultés avec la vie éveillée, je préfère éviter les gens, autant qu’il est possible.

Ma famille d’accueil numéro 2 habite une maison en brique en tous points semblable à celle qu’habitait ma famille d’accueil numéro 1, ce qui fait qu’au moins, de ce point de vue-là, je ne me suis jamais senti trop dépaysé : la tête de mes parents adoptifs avait bien changé, et encore, il fallait pour s’en assurer les regarder d’assez près, mais l’organisation de la maison s’avérait exactement la même : la cuisine, le couloir, le salon, le garage et surtout, pièce fondamentale, ma chambre, se trouvaient disposés au même endroit qu’auparavant, si bien que si j’avais eu des accès de somnambulisme plutôt que de narcolepsie, j’aurais pu tranquillement me balader d’un endroit à l’autre sans me cogner contre les murs. Mais je ne suis pas somnambule, semble-t-il. Mais j’en reparlerai.

Le soleil tape fort par la fenêtre et je pense que tout le côté gauche de mon visage sera parfaitement bronzé à la fin de la journée.

Je mâche un chewing-gum pour éviter de m’endormir depuis ce matin, j’en ai presque mal à la mâchoire. C’est le même chewing-gum au citron depuis qu’on est sorti de la cantine à treize heures quinze, et ça fait deux heures que je le mâchonne. Il n’a évidemment plus aucun goût, surtout pas le goût de citron en tous cas. En général, tant que je mâche quelque chose, je peux résister à peu près convenablement au sommeil. Je vois bien que ça met certains profs en rogne, ils me regardent d’un œil sombre mâcher mon chewing-gum, mais ils sont au courant de mes problèmes et gardent leur reproche pour eux. Ils ont le sentiment que je les nargue en mâchant de la sorte. Ça pourrait être pire : je pourrais faire des bulles et les faire éclater en plein milieu du cours. Faudrait pas qu’ils me regardent trop de travers quand même, cette histoire de bulles qui éclatent me donne soudain l’idée d’un rêve. Et mes rêves ne sont pas sans conséquence.

Encore quarante-deux minutes et trente secondes à tirer avec le Maréchal.

Quarante-deux minutes et cinq secondes.”

&c, &c (comme dirait Pynchon)