Dans les Bois Noirs

Les températures ont baissé subitement, après cet interminable printemps commencé en février. On est au début d’avril et ma foi, il a neigé un peu sur les hauteurs du Livradois.

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À la Roche Savine où je gare l’auto, un beau chemin part dans la montagne, une petite montagne, mais tout de même, et s’enfonce dans les forêts. Non loin se situe d’après la carte le point le plus haut du massif, un peu au-dessus de 1200 mètres, et c’est mon objectif du jour, grimper à 1200m, voilà tout.

Je me donne parfois de tels buts, parfois non, parfois je vais au hasard, je me perds et tout le sel de la randonnée, c’est de retrouver un chemin, et si possible son chemin – quoique, après tout, le chemin d’un autre puisse faire l’affaire. (Quelle idée bizarre, quand on y songe, trouver son chemin : en vérité, il y a là un grand chemin forestier ou une sente discrète tracée par les cerfs et les chevreuils, qui ne vous attendaient en rien, et vous ne faites que l’emprunter, et c’est bien ainsi)

D’ailleurs, ce n’est pas moi qui trouve le chemin c’est Iris, Iris a un talent précieux pour vous sortir de ces labyrinthes boisés et filer d’un pas sûr vers des voies plus praticables. Quand je suis perdu au fond des bois, je suis la chienne avec confiance, car elle me ramènera au bout d’un moment sur un terrain plus dégagé.

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Mais, comme ce matin, quand, lassé des grandes pistes forestières, je bifurquai soudain sous le couvert des sapins, car si je voulais atteindre 1200 mètres, il fallait bien que je grimpe, alors, allons-y à travers bois !, passée cette heure de délice où l’on avance dans la pénombre, où l’on se perd vraiment, j’ai sorti la boussole et la carte, ce qui m’arrivait rarement dans le Cantal, sauf sur les estives par jour de grand brouillard (quoique dans ce cas, la carte n’était d’aucune utilité). Et c’est parti pour une séance d’orientation comme dans mes jeunes années, quand je crapahutais par tout le pays (je veux dire : la France, mais aussi un peu l’Espagne et l’Italie), un lourd sac à dos sciant les épaules. D’où suis-je parti ? Où puis-je être maintenant ? Voyons… Situons le nord pour commencer, tournons la carte dans le bon sens, Ha ! je suis allé sud-est. Le grand chemin tout à l’heure, je le reconnais dessiné sur la carte. Il y a un hameau en contrebas semble–t-il, si j’en crois la carte. Je dois être à peu près ici. Où là. À quelques centaines de mètres près. Si je file vers l’ouest, je devrais retomber sur ce réservoir d’eau marqué sur la carte – un chemin y conduit. On va essayer !

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Bref, et ainsi de suite. On se perd, on se… déperd ? Pourquoi pas. Se retrouver serait une autre histoire, pas très intéressante à mon âge en tous cas – me connais par coeur, se retrouver, c’est d’un ennui ! Vive l’inconnu, vive ce qu’on ne savait pas déjà !