En me promenant avec Iris ce soir aux étangs, je songeais à ces fameux “tipping points” qui sont maintenant sur le devant de la scène de la crise climatique. On pourrait traduire en Français, “points de basculements”. C’est un peu comme si, à force d’insister sur la voie de l’émission de gaz à effets de serre, s’étaient activés certains processus qui se déploient désormais en toute autonomie, quoiqu’on fasse. Qui sont donc hors de contrôle (comme si, jusqu’à présent, on avait seulement essayé de contrôler quoi que ce soit !). Vous en trouverez une liste (sous réserve de modifications ultérieures, d’autres surprises nous attendent sans doute) dans cet article : https://www.nature.com/articles/d41586-019-03595-0

Je vous fais le pari (solennel !) que dans quelques mois, se pointera un expert pour considérer que nous venons de passer à une nouvelle ère “géo-climatique”, qui n’est donc plus l’anthropocène (ou le capitalocène) mais un ensemble de processus dont l’évolution ne dépend plus de l’activité humaine, et dont les effets ne peuvent pas être évalués dans l’état actuel des sciences (ou alors seulement de manière très hypothétique). On l’appellera d’un nom barbare comme permafrost-cène ou un truc dans ce goût.

Cette nouvelle perspective sera assurément totalement désarmante. Déjà que la “pensée” des conséquences de l’anthropocène (ou du capitalocène) nous plonge dans un état de sidération à peur près complet (surtout dans les pays dits développés d’ailleurs), alors qu’imaginer à l’étape suivante ? (Pierre-Henri Castel, dans son petit livre délicieusement pessimiste, Le Mal qui vient. Essai hâtif sur la fin des temps, a de sinistres idées à ce sujet.)

Et si quelqu’un a une idée pour nommer le post-anthropocène ou le post-capitalocène, qu’il propose !