The Copper Top (Bill Wells & Adrian Moffat)

Je suis un fan d’Adrian Moffat depuis Arab Strap – dont j’ai écouté les albums en boucle et que j’allais voir en concert dès que j’en avais l’occasion. Par hasard, en écoutant le travail d’une musicienne amie de mon amie qui a participé à ce disque de Bill Wells et Adrian Moffat, je découvre cet album incroyablement triste et drôle et beau, Everything’s get older, et ma foi, comment vous dire, c’est exactement ça, mon dieu, en plus c’est l’automne, et il fait vraiment aujourd’hui le temps qu’on s’attend à voir en automne, les feuilles des arbres jaunissent et rougeoient et couvrent doucement les chemins derrière chez nous, je pense à des amis qui sont morts, je pense à une femme avec laquelle j’ai vécu longtemps, partie elle aussi ce printemps, je pense à ce pays que j’aime et qu’il va falloir quitter, je pense aussi à un chien, et il me manque juste un pub, boire une bière, l’alcool aussi mon dieu me manque, et ce corps qui fatigue.

Voici le texte, génial comme toujours, d’Adrian Moffat :

THE COPPER TOP

The bar’s busier than it should be on a weekday afternoon as the door swings shut behind me, but I’m the only one wearing a suit. No-one seems to notice my entrance though, I suppose they must be used to mourners in the nearest pub to the crematorium. I don’t think I could’ve coped with the wake, I had to make a quick exit to be alone with my memories, I was sick of hearing everyone else’s. I buy a pint and sit down. ‘See, the trouble with you is that you’re top heavy,’ said the tailor as he measured me up. They don’t get asked much for three-piece suits these days, so my choice was limited. I went for all-purpose black, or ‘charcoal grey’ as he called it. Looks black to me. This is the second time I’ve worn it, the first was a wedding and there’s a christening next week so I might as well get my money’s worth. Birth, love and death: the only reasons to get dressed up. I loosen my tie. Halfway through my pint and a text message from John says he’s waiting outside, sooner than I’d expected. I down what’s left and step out into the bright afternoon and get in the car. I look up and see the pub’s once brilliant copper roof has oxidized over the years and it’s now a dull, pastel green. Everything’s getting older.

 

Le site du label écossais (mythique) Chemikal Underground

Loups

L’histoire est ironique : au moment même où l’asservissement de la nature semblait achevée, que tous les êtres autrefois réputés vivants avaient été transformées en matériau et ressource, alors que la dépouille du dernier des loups pourrissait discrètement dans l’arrière-cour d’une maison de chasse bientôt laissée en plan, alors même que les derniers marécages avaient été asséchés, convertis en terrain de golf, les dernières forêts taillées en pièces pour satisfaire les besoin du marché chinois, les dernières collines rasées pour en extraire quelque métal devenu rare, à ce moment même, se produisait le dernier exode, et les populations si peu nombreuses qui fréquentaient encore les loups, les marécages, les forêts, les collines, firent procession en direction des métropoles, laissant derrière elles un champ de ruines, des bourgs et des villages abandonnés, des usines et des puits et toute sorte d’installations promis à la rouille, des troupeaux retournant à l’état sauvage, et bientôt, pas longtemps après, les loups firent leur retour, et toutes les bêtes dans leur sillage, et les clôtures et les murets de pierre, le béton lui-même, s’affaissèrent, se disloquèrent, s’enfouirent dans la terre, Ha mes amis ! Contemplons ces espaces à nouveau livrés au vivant, au cycle des générations et des corruptions, contemplons ce monde d’où l’homme s’est absenté, après qu’il ait tenté d’en exclure et le dieux et les loups, misère misère et ironie de l’histoire, prions le retour des dieux, qui ne rechignaient jamais à prendre l’apparence des bêtes, et rions au retour des loups, à la repousse des forêts, à l’extension des marécages et des narses, au déferlement rageur des torrents qui creusent à nouveau leur chemin comme ils l’entendent, et rions à la vengeance des arbres et des rochers dont la vigueur est telle que nul vestige du monde humai ne leur résiste, et réjouissons-nous d’admirer comment, surgissant de la terre, ils repoussent les murs, élargissant les failles, insinuant des racines, disloquant des fondations, effondrant des poutres porteuses. Voici qu’à nouveau sur ces hauteurs et les plateaux en contrebas règne l’animal, et que le loup rôde autour de notre refuge : protégeons nos chèvres et veillons les uns sur les autres, mais laissons les loups à leur affaire, apprécions leur présence comme il se doit, comme ils se font à la nôtre. Il y a suffisamment de proies alentours pour qu’en bonne entente nous vivions ensemble frayant les mêmes sentes et traversant les mêmes sous-bois. Gardons nos fusils et nos crocs pour les bipèdes inopportuns qui, sait-on jamais, venaient à pointer le bout de leur casquette par ici. Soyons-nous mêmes des loups pour l’homme, adoptant pareille vigilance, prompts à nous cacher, à tendre pièges et embuscades, sachant repousser l’assaillant. Devenons à notre tour collines, et rochers, arbres et marécages : faisons obstacle, empêchons les progressions, dissuadons les creuseurs de terre, les aménageurs de pentes, ceux qui éradiquent, expulsent et arasent, sachons les tenir à merci, soyons dignes des anciens montagnards réputés si farouches et si inaccessibles, les carnouques qui firent aux grecs un enfer, du haut de nos promontoires, scrutons le col et ses alentours avec nos yeux perçants.